Source - CyberPress
Publication - 22 Mars 2006
FRANCOIS GIRARD TOURNE SOIE
AU JAPON
Dans le plus grand secret, François Girard tourne présentement
son prochain film dans la campagne entourant Matsumoto, une petite ville au
centre du Japon. Il s'agit de l'adaptation du best-seller Soie d'Alessandro
Baricco, traduit en 26 langues. La Presse a été le seul média
en Amérique du Nord à pouvoir se faufiler dans les coulisses de
cette coproduction de 26 millions, financée par le Canada, l'Italie et
le Japon.
Notre petite Volkswagen gris métallique file dans les étroites
rues qui serpentent la banlieue de Matsumoto, une ville d'environ 210 000 habitants
lovée au pied des Alpes japonaises. La radio alterne entre le dernier
tube de James Blunt et celui d'un groupe de pop japonais, Spitz.
En ce matin frisquet d'hiver japonais - nous sommes près de Nagano -,
l'animatrice hyper caféinée caquette sans arrêt, ce qui
nous fait constater à quel point la radio montréalaise repose
l'oreille, finalement.
Après une trentaine de minutes de route, la voiture s'arrête devant
une maison de bois traditionnelle érigée en 1851. À l'extérieur,
sous un ciel voilé et menaçant, François Girard grille
une cigarette, tout en discutant avec son équipe de la scène de
banquet qu'ils s'apprêtent à tourner. Eh oui, neuf ans après
son célèbre Violon rouge, qui lui a valu une pluie d'honneurs
et de bravos partout dans le monde, le cinéaste québécois
se réinstalle derrière la caméra pour adapter le magnifique
et délicat roman Soie de l'écrivain italien Alessandro Baricco.
DE GRANDES ESPERANCES
Aucun détail n'a été négligé pour que cette
oeuvre cinématographique tisse sa toile autour du monde. D'abord, il
y a l'imposant budget, qui tourne autour de 26 millions, soit près du
double de celui du Violon rouge (14 millions). Ensuite, François Girard
a confié les rôles principaux à deux stars montantes de
Hollywood: la lumineuse Keira Knightley (nommée aux Oscars pour Pride
& Prejudice) et l'énigmatique Michael Pitt, vu récemment dans
Last Days de Gus Van Sant, où il se glissait dans les vêtements
déchirés du chanteur grunge Kurt Cobain.
Pour couronner le tout, Soie a l'appui financier de New Line, puissant studio
américain qui nourrit les plus grands espoirs pour ce long métrage,
tourné en anglais. «Silk est un film parfait pour Cannes, en 2007»,
indique la responsable de la distribution internationale chez New Line, Camela
Galano, qui a visité le plateau de Silk la semaine dernière.
Déjà, au tiers du tournage, Silk suscite intérêt
et curiosité sur les marchés internationaux. «Nous avons
ficelé des ententes pour que Silk soit présenté partout
dans le monde», enchaîne Camela Galano.
François Girard ressent-il de la pression devant autant d'attentes?
«Non, répond calmement le discret cinéaste. En fait, je
sentais de la pression de faire un autre film, car il était à
peu près temps que je tourne. Mais la vraie pression, c'est celle que
je mets, ce sont mes attentes par rapport à ce projet-là. La pire
pression que je subis, c'est la mienne.»
Entre Le Violon rouge et Silk, François Girard ne s'est pas tourné
les pouces. Il a monté Le Procès de Kafka au Théâtre
du Nouveau Monde, a mis en scène des opéras (dont Siegfried, pour
le Canadian Opera Company de Toronto) et a tâté de l'oratorio moderne
(Lost Objects, présenté à la Brooklyn Academy of Music
en décembre 2004). En 2001, pour le Théâtre de Quat'Sous,
il s'est attaqué à Novecento, un monologue musical d'Alessandro
Baricco, livré sur scène par Pierre Lebeau.
UNE OEUVRE EXOTIQUE
Campé dans les années 1860, Silk raconte les aventures exotiques
d'Hervé Joncour (Michael Pitt), un jeune marchand français qui
avale des milliers de kilomètres de route afin d'acheter de précieux
oeufs de ver à soie dans un Japon mythique et encore interdit aux étrangers.
Hervé s'y lie d'amitié avec Hara Jubei (Koji Yakusho), un mystérieux
commerçant passionné d'oiseaux. Marié à la belle
Hélène (Keira Knightley), qui l'attend patiemment à Lavilledieu,
en France, Hervé Joncour tombera sous le charme intoxiquant d'une maîtresse
d'Hara Jubei (Sei Ashina, une nouvelle venue). Une fascination qui se transformera
en obsession pour le jeune voyageur.
Au moment où vous lisez ces lignes, l'équipe de François
Girard vient de boucler le tournage de la portion japonaise de Silk, qui a pris
un mois et qui s'est principalement déroulé aux alentours de Matsumoto,
à deux heures et demie de train de Tokyo. Dans deux semaines, les caméras
rouleront de nouveau, mais cette fois à Sermoneta, en banlieue de Rome.
Pendant cinq ans, les droits d'adaptation de Soie ont dormi chez Miramax, studio
qui n'existe plus aujourd'hui. À l'époque, c'est Alessandro Baricco
qui avait été embauché pour rédiger le scénario
de son propre bouquin. Deux réalisateurs ont été attachés
au projet, Mike Figgis (Leaving Las Vegas) et John Madden (Shakespeare in Love),
mais rien n'a décollé. Et Miramax a laissé filer les droits.
«On connaît les méthodes de Miramax. Les jeunes cadres qui
travaillent pour les frères Weinstein, ce sont des rustres qui s'approprient
des livres et qui congédient ensuite les auteurs. Alessandro y a passé
un très mauvais moment et il a écrit un scénario qu'il
n'aimait pas, au final», rappelle François Girard.
Ami personnel d'Alessandro Baricco et partenaire dans sa maison d'édition,
le producteur italien Domenico Proacci a facilité les rapprochements.
Ainsi, à l'été 2003, Baricco et Girard ont cassé
la croûte à Rome et discuté de musique, une passion commune,
et de la distribution de Silk. Le golden boy de la littérature italienne
a finalement accepté que Girard et Michael Golding adaptent son oeuvre
pour le grand écran.
Une rumeur a rapidement envoyé Ewan McGregor dans le rôle principal,
qui a finalement été confié à Michael Pitt. Pour
Keira Knightley, ce fut un coup de dés. «Nous étions certains
de ne pas l'obtenir, mais nous lui avons quand même envoyé le scénario,
en attendant son refus pendant des semaines. François s'est alors mis
à penser à d'autres actrices. Keira était si populaire
et elle tournait alors dans Pirates of the Caribbean. Puis, nous avons appris
qu'elle adorait le roman. Finalement, elle a bien aimé l'adaptation et
nous avons reçu le message», note le producteur canadien Niv Fichman
de Rhombus Media, qui collabore avec François Girard depuis Trente-deux
films brefs sur Glenn Gould.
En entrevue, François Girard parle de Silk comme d'un film contemplatif,
avec des scènes très «tableau» croquées autant
sur les rives du lac Baïkal, dans les vastes steppes de Sibérie,
que sur le toit d'une montagne nippone. Le tout dégageant un délicat
parfum d'exotisme et de sensualité.
LE DISTRIBUTION
Keira Knightley (Hélène Joncour)
Michael Pitt (Hervé Joncour)
Koji Yakusho (Hara Jubei)
Alfred Molina (Baldabiou)
Sei Ashina (La Fille)
Jun Kunimura (Umon)
QUELQUES RETOUCHES
Les fans du livre Soie auront constaté que le nom du personnage de Hara
Kei a été changé pour Hara Jubei. La raison? Quand Alessandro
Baricco a rédigé sa fable, il ne savait pas que Hara Kei était
le véritable nom d'un personnage historique important au Japon. Aussi,
le personnage d'Umon n'existe pas dans le roman de Baricco. Il a été
créé spécialement pour l'adaptation cinématographique.
Autre modification : dans le film, c'est Hélène Joncour, et non
son mari Hervé, qui s'occupe du jardin autour de leur maison, à
Lavilliers.
François Girard a volontairement choisi des acteurs une dizaine d'années
plus jeunes que leur âge donné dans le livre. «Hervé
commence sa vie et son éveil sexuel, alors le personnage devait avoir
moins de 30 ans», souligne le producteur Niv Fichman.
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